La petite place est séparée de l'intérieur par une large vitrine revêtue d'un store aux lames d'un gris très clair, légèrement inclinées, qui laisse voir les voitures en stationnement, les façades obscurcies avec leurs enseignes lumineuses bleues, jaunes, les lueurs à l'intérieur des boutiques, les lampadaires aux ampoules jaunâtres ou blanches. Toutes ces couleurs disparates et diffuses aux tons de gris colorés, verts, mauves, parme, bleuâtre, les scintillements insistants d'un bleu profond, les reflets sur les carrosseries luisantes, avec au centre la pierre ocre de la fontaine violemment éclairée par un projecteur, faisaient une sorte d'image marine dans laquelle pouvait errer la contemplation, comme devant un aquarium. De temps en temps un groupe de passants traversait mollement la profondeur du champ en laissant flotter quelques sons de voix sourdes, des voitures sillonnaient rapidement la rue avec une rumeur de flèche ou un grondement plus ou moins prolongé qui allait s'éteignant. Il s'était mis à pleuvoir et neigoter.
La contemplation muette et silencieuse occupait l'homme assis à l'intérieur. Le même store – dit venitien – occupait l'autre vitrine en face de lui, le long de la rue. Les lames, plus inclinées contre le fond plus obscur de la nuit, reflétaient des lueurs venues de l'intérieur et prenaient des tons de gris d'une très grande diversité qui se fondaient ou se glissaient les uns dans les autres, un peu comme à la surface d'une eau. Lorsqu'un véhicule, une lumière, un mouvement passait dans la rue, leurs formes et leurs couleurs étaient prises en charge par le découpage des lames et il regardait cela comme un spectacle merveilleux.
Jim