29 janv. 2011

L'instant exact

La douceur d'Anne... et sa force
De : Sahkti
Voici un ouvrage que j’aurais volontiers placé dans le Prix de la Petite Edition, tant il est beau et intéressant, à plus d’un titre. La qualité graphique tout d’abord. Couverture au dessin abstrait et fugace, douceur du papier, très jolie typographie, sans parler des magnifiques dessins qui illustrent les très beaux textes d’Anne Pierjean-Robert.
Une oeuvre très personnelle, originale, dans laquelle l’auteur se livre en nous emmenant avec elle, par la main, nous guidant à travers ses souvenirs et ses émotions. Un livre riche en sentiments, des impressions de petite fille, des ressentis de femme, des questions d’amante… des récits féminins et poétiques qui nous relient à la terre, à l’émerveillement des sens. A la lecture de chacun d’eux, c’est comme si on recevait une bulle d’oxygène qui aère notre cerveau, comme si on s’évadait du lieu de lecture pour se retrouver dans un univers parallèle, telle Alice quand elle s’endort au pied du grand chêne et que le songe débute.
Anne Pierjean-Robert nous parle de sensualité à chaque page, sensualité affective, maternelle, amoureuse, sexuelle ou autre. Tout n’est que volupté. Chaque texte correspond à un instant précis (exact devrais-je dire) de la vie, d’une journée, d’une passion, d’une envie. Ce moment où l’on sait, où l’on sait, que ce soit dans son corps ou dans sa tête.
Subtilité parfaite du trait de crayon avant le récit du funambule dont les mots nous donnent envie de fermer les yeux : "L’étrange paix de l’instant funambule, qui soutient l’équilibre des jours passés, des jours qui viennent, dans le balan du pas qui sème l’autre et va jusqu’à l’ultime contrepoids: cette heure zéro d’un plateau qui révèle le poids de l’autre".
Un merveilleux moment de lecture-douceur !

13/03/2003
Titre : L'instant exact | Auteur : Anne Pierjean-Robert | Editeur : Gaspard Nocturne (Editions)

Un petit grand livre
De : becdanlo
Voici un mois, je me suis inscrit au jeu organisé par Zazieweb et j’ai gagné le livre de la semaine « l’Instant exact » de Anne Pierjean-Robert. Pour une fois que je gagnais quelque chose, j’étais heureux comme tout, jusqu’au jour où je reçus le fameux livre par la poste. L’enveloppe pesait comme une plume et le livre ne faisait qu’une soixantaine de pages. Si j’avais su, j’aurais attendu pour gagner, un gros pavé de quatre-cent pages, je n’allais faire qu’une bouchée d’un si petit livre.
Et bien non, j’avais tout faux, car le soi disant petit livre de Anne Pierjean-Robert avait tout d’un petit livre mais il m’a demandé plusieurs jours pour le lire. Et pourquoi ? Parce qu’il ne se laisse pas engloutir comme ça : les textes sont tellement goutteux qu’on a envie de s’attarder et surtout qu’une fois fini un texte, on ne souhaite pas le recouvrir par le suivant tout de suite, tellement certaines images sont fortes et qu’on aimerait les retenir encore un peu.
En fait, il s’agit d’une revue, le numéro 24 de la collection « i rouge » éditée par Gaspard Nocturne. Et de quoi ça parle ? De sensations, de mémoires, de sentiments, de mondes féminins comme on n'ose plus en rêver, mais aussi de choses puissantes.
Certains textes ont une forme poétique, d’autres sont des petits récits. Anne Pierjean-Robert est une sensitive, "une" médium, immobile elle est attentive à tout ce qui l’entoure mais avec une telle vigilance, qu’elle devient le pivot du monde et que captivé l’univers lui-même finit par se déployer au-dessus d’elle.
Mon texte préféré : « Dans le hall du Palais » où elle attend quelqu’un et qu’assise sur un banc rien ne lui échappe :
« J’ai un livre pour la contenance et j’observe les gens par-dessus les pages que je tourne de temps en temps. Lire n’est pas possible. D’ailleurs, ce hall dallé, sonore, m’offre à lire tant de regards. Bientôt je ne serais plus qu’eux, comme une héroïne de Zweig ne voyait que les mains dans un casino ». Mais un peu plus loin elle se reprend : « Un accusé sent la pensée de l’autre. Je vais lire pour être sereine. Et l’attendre là, puisqu’il désir me sentir proche. En venant nous avons parlé de son enfance : je voulais l’imbiber de doux ». Un peu plus tard, elle suivra à l’extérieur une femme désemparée : « J’ai eu le temps de voir dans ses yeux eau de ciel une si extrême détresse qu’elle était un égarement … » mais elle retournera bien vite à son banc « … où je sens que là je sers à quelque chose : j’attends »
Tout y passe chez Anne Pierjean-Robert : la sonorité différente d’un carreau du carrelage au passage des « Robes Noires » mais aussi les odeurs. Dans un autre texte : « Quand une petite fille passe avec un père à la main je suis jalouse », elle nous suggère l’odeur d’un père :
« …J’écrase ma joue contre la chemise bleue. Elle sent… Elle sent ? Je ne le sais plus ! Les odeurs permises sont trop loin de moi. Mais un père ça sent ça. Ca a un dos fort avec des muscles qui saillent tout en pédalant le long d’une côte ».
A quelle école a-t-elle appris le sens de la vie ? Tout au bout d’un texte, discrètement, elle nous le révèle : « Lui (l’indigent) et un certain Brisbille furent, en simplement vivant, mes maîtres à penser ! et ils étaient analphabètes ». Pas une école pour frimer, mais une école pour vivre : « Quand je suis, enfin, au bout de mes forces, je me berce dans mes bras. C’est une vraie délivrance – aussi une chance énorme : personne n’est devenu fou parce que j’ai pleuré ».
On m’a offert ce livre, mais je n’étais pas obligé d’en dire forcément du bien, vraiment la lecture du livre de Anne Pierjean-Robert est un ravissement et la mise en page faite par l’éditeur concourre à l’agrément de la lecture. Alors, j’ai poussé mes « gros pavés », mes « livres éléphants » pour faire à ce « petit livre » une belle place, avec de l’air et de la lumière de chaque coté.

13/01/2003 17:03
Titre : L'instant exact | Auteur : Anne Pierjean-Robert | Editeur : Gaspard Nocturne (Editions) | Thème : Revues
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Ecouter nos sens pour devenir16/12/2002 13:56

De : Pierel
"Au bout de mon âge, qu'aurai-je trouvé ?", s'interrogeait, chantant, Jean Ferrat autrefois.
"Au bout du mien, je pense avoir trouvé, Jean", peut lui répondre, non loin de là aujourd'hui, Anne Pierjean qui le connaît bien : moi ou plutôt l'instant exact du moi, l'instant exact de sa création, de son devenir. Il est celui du détachement du "triangle chaud de toutes mes béatitudes", celui-là qui nous revient, qui nous tient incessamment par effluves sensuelles, rappels d'instants intenses à jamais imprimés dans cette mémoire des sens : celui-là que l'on retrouve par la sensualité bien davantage que la pensée, qui s'y connecte ensuite pour le saisir, le définir, celui-là ainsi qui rebondit vers d'autres qu'il fait jaillir, traces de nos naissances successives, traces du moi devenant, traces surgissant inattendues et qui à leur tour rebondissent, imposent cet instant exact privilégié de la sensualité.
Sensualité qui l'aurait jadis fait damner. Sensualité primordiale, essentiellement significative pourtant.
Recroquevillement ?
Non pas : élan, redressement, dessin de destin unique qui se révèle par le pointillé de ces relais en chapelet vital. Qui nous révèle si nous savons les écouter, les relayer dans le penser et dans l'agi pour notre infini.

Titre : L'instant exact | Auteur : Anne Pierjean-Robert | Editeur : Gaspard Nocturne (Editions)

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