26 avril 2011
Un pont. Ce mot me vient devant le bouquet flétri mais encore harmonieux, sa grande courbe suspendue au-dessus du vase comme un arc d'où tombent les feuilles d'un vert terni aux formes gardées d'oiseaux immobilisés dans leurs vols gracieux, ailes pointues, gorges bombées, ventres arrondis, dos galbés, leurs pattes accrochées à des branches. Feuilles en formes de coeurs, grappes de fleurs séchées, rabougries, leurs petites étoiles blanches tachées d'ocre, le mauve devenu lui aussi gris ocré, quelques unes – des petites fleurs de lilas – encore blanches, à peine jaunies, comme d'autres – les pétales encore pulpeux et un peu mauves des glycines. Quelques feuilles encore fraîches, soutenant l'élégance comme celle de femmes âgées à jamais distinguées et bien mises malgré la dégradation sourde infligée par le temps. Ce bouquet, pris dans le col élégant du vase de porcelaine décoré de poissons et de feuillages bleus, se déploie majestueusement comme un parachute étiré en largeur, un arbre du voyageur, emblème visible de loin, un arc-en-ciel, signe de bonheur à quoi se raccrocher, à quoi croire, à porter au-dessus de soi pour qu'il nous porte, nous fasse traverser le ciel d'un bout à l'autre de la terre et des mers qui nous séparent. Pour qu'il fasse entre nous le pont. Nous qui nous sommes offert des fleurs, dont les bouquets, même séchés ont refusé d'enlaidir et d'interrompre notre émerveillement, nous qui avons dû nous séparer de chaque côté de mers et de terres, nous voici dès ce premier soir réunis par ce pont inopiné, cet autre bouquet flétri de tout un passé qui garde sa large et solide architecture.
Ce soir ici où d'autres dialogues s'établissent et ravivent la neige des lilas, leur scintillement blanc parsemant la table, dans ce moment même circule par-dessus des ponts électroniques ton sms qui me rejoint : des mots à la bouche tendre, au nez dessiné, aux deux yeux myosotis qui me regardent et me sourient.
Jim