27 avr. 2011

C'est ainsi

J'étais dans ma prison.
Oh certes ! j'étais assis sur le banc devant ma maison
dans un rayon de soleil et l'air doux du printemps
mais cependant j'étais dans ma prison.
Quoi qu'il en soit je n'en sortirais jamais, avec ces peurs qui tournaient en boucle dans ma tête, éperdument, depuis des décennies.
Je les connaissais par coeur, c'étaient toujours les mêmes et j'avais beau me réchauffer dans mon rayon de soleil je me disais "rien de nouveau sous le soleil".
Désespoir muet, désespoir ne faisant même plus couler de larmes.
Dans l'herbe un bruissement bien connu, lui aussi, puis une silhouette :
mon chat ! gris perle, vous savez, un chartreux.
Par habitude je décroisai mes jambes.
Le terrain était libre, il sauta sur mes genoux.
Selon son rituel il chercha la meilleure position :
un tour à gauche, un tour à droite
ses pattes avant triturant mes cuisses sans vergogne.
"Nom de nom, tu vas finir par t'installer ?"
Ça y est : un peu de tranquillité...
Mais voilà que, léchant régulièrement sa patte, il la passa sur son oreille avec une certaine frénésie.
"Et maintenant tu m'annonces qu'il va pleuvoir ? Quand donc comprendras-tu que je hais la pluie, que je hais le soleil, que je te hais, que je me hais, que je hais toutes choses ? quand donc ?"
Totalement indifférent à ma colère mon chat s'immobilisa enfin et se mit à ronronner... ronronnement montant du plus profond de sa gorge.
C'est alors que se produisit quelque chose en moi. Le ronronnement se prolongeant encore et encore, sa vibration me pénétra, lentement...
Et mon chat leva la tête, me regarda.
Vous avez déjà vu des yeux de chat ? Pupilles oblongues dans des iris pailletés d'or, yeux étoilés...
C'est ainsi que mon chat me parla, simplement en me regardant, et que je l'entendis.
Oui, c'est ainsi qu'il me projeta au milieu des étoiles,
là où il n'y a plus ni peurs, ni colère, ni haine, ni surtout désespoir !

Geneviève S